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Compte rendu de Jean d’Agrain Juin 2018 écoconstruction

Posté le / dans: Témoignages

Compte rendu du projet de volontariat en éco-construction à Akiba
Juin/Juillet 2018 de Jean d'Agrain


Je me suis retrouvé catapulté à l'éco-village Akiba avec deux jours de retard après des problèmes de correspondance, un trajet en pirogue donnant un avant goût incroyable et la fameuse montée qui ramène violemment au réel. Je ne m'attendais pas à un tel accueil.


Introduction

Je me suis retrouvé catapulté à l'éco-village Akiba avec deux jours de retard après des problèmes de correspondance, un trajet en pirogue donnant un avant goût incroyable et la fameuse montée qui ramène violemment au réel. Je ne m'attendais pas à un tel accueil. J'y ai rapidement fait la connaissance d'un grand nombre de personnes, notamment Katie et Lova, les deux stagiaires adorables originaires également de la plus belle ville de France aussi connue comme la ville rose, Rapasi qui m'a servi un verre de rhum alors que je n'avais pas encore repris mon souffle et Jonathan devenu alors mon collègue de travail, qui nous a amené voir le couché de soleil depuis le Bongo Village.

C'est cet accueil et l'envie que j'avais de m'adapter rapidement à la vie locale, de découvrir les coutumes et les personnes qui m'ont permis de m'intégrer rapidement, de me faire de vrais amis avec lesquels j'ai partagé ensuite des moments inoubliables et de profiter au mieux de chaque jour passé à Akiba.

En ce qui concerne mon rôle de volontaire en éco-construction dans l'association, j'ai travaillé avec Jonathan sur divers projets permettant le développement d'Akiba. Il s'agissait par exemple de systèmes ou de constructions dont l'association ressentait le manque.

Le séchoir à fruits

On a commencé par construire un séchoir à fruits. Il s'agit d'un support orienté vers le soleil sur lequel on laisse reposer des fruits dans le but de les faire sécher. L'association avait en effet besoin de produire des bananes séchées qui serviraient plus tard de ravitaillement durant la Maki Run organisée par Jérôme.

L'objectif était d'obtenir une chaleur suffisante, d'éviter l'arrivée des insectes et favoriser l'écoulement de l'humidité.

Nous avons donc construit la structure en bois divers. La première difficulté était de distinguer les arbres destinés à la récolte de ceux que l'on pouvait couper. J'ai pu renouer avec certaines techniques de travail du bois que j'avais acquis lors de mes années de scoutisme, notamment le mi-bois et j'ai commencé à découvrir les matériaux utilisables en construction que l'on pouvait trouver dans la nature environnante. Afin d'obtenir un séchoir à fruit hermétique à l'entrée des insectes et de permettre une élévation de la température, nous avons choisi de fermer le séchoir grâce à une bâche en plastique transparent amovible et des filets sur les côtés.

Après quelques jours d'utilisation, nous avons augmenté la pente de la bâche pour améliorer l'écoulement de l'eau condensée et ajouté au-dessous des plaques en bois peintes en noir pour fermer totalement le séchoir et gagner quelques degrés supplémentaires.

Les résultats obtenus ensuite étaient concluants. Cependant une dernière amélioration, consistant à mettre sous les pieds du support des récipients remplis d'eau, permettrait d’empêcher l'intrusion des fourmis qui se glissent par les entrées les plus petites.

Récolte des bananes séchées

Cette première construction m'a permis, certes, de découvrir les lieux, les outils, et les techniques de travail, mais surtout de commencer à connaître Jonathan, avec qui je me suis entendu à merveille, que j'accompagnerai durant les travaux suivants.

 

Pépinières hors sol

La seule pépinière hors sol du potager tombant en ruine, il fallait que nous en construisions deux nouvelles. Pour cela, nous avons construit deux tables avec des planchers en bambous que nous avons recouverts de feuilles de bananiers et de terre. Nous avons également installé des moustiquaires afin de protéger les plants des chenilles ou autres parasites.

Techniquement, il n'y avait rien de nouveau par rapport au séchoir.

Abri à graines

Les stagiaires en permaculture ont également eu besoin de nous pour construire des rangements abrités pour les graines.

Nous avons répondu à ce besoin en fabriquant une étagère, protégée par un toit en bambou.

Rocket Stove

Un des problèmes les plus importants à Akiba concernait la cuisine. En effet, Vitasoa, Soanjara, et Maman'i Karina qui cuisinent au feu de bois sur une table adaptée ont constaté que les réserves de bois s'épuisaient trop vite, et que les dégagements de fumée étaient trop importants ce qui, non seulement était désagréable à toute heure de la journée lors des cuissons, mais aussi produisait un dépôt noir sur le cul des casseroles, poêles, …

L'idée qu'avait Jérôme pour remédier à ce problème était d'élaborer un Rocket Stove (four fusée). Il s'agit d'un système de cuisson doté d'une entrée d'air, une entrée de combustibles, une chambre de combustion, et d'un conduit pour les plus simples. La casserole posée en haut de conduit va ainsi pouvoir monter en température grâce en dégagement de chaleur important. L'avantage de ce système est qu'il permet une combustion complète ou quasi-complète, et donc peu de résidus en sortie. Il permet donc d'économiser le bois et de gagner du temps sur le lavage de la vaisselle. De plus, les temps de cuissons sont réduits car la chaleur produite est très importante en raison de l'effet Venturi créé.

Après s'être décidé sur une forme en L car plus simple à construire, nous avons pensé le faire en briques, la terre étant plus simple à se procurer que les plaques de tôle et ne possédant pas d'outils pour travailler le métal. Fidella, qui avait déjà fait des maisons avec des briques en terre sèche, a fabriqué un moule en bois et nous a appris le procédé. Nous avons utilisé différentes terres pour savoir laquelle faisait les briques les mieux formées et les plus solides, ce qui dépend notamment de la teneur en argile mais les résultats étaient peu satisfaisants car les terres trouvées restaient en général trop sablonneuses.

Séchage des briques

Moulage des briques

Nous avons réalisé plusieurs tests avant d'obtenir la forme définitive en colmatant. Nous avons donc agencé les briques de manière à faire varier les tailles de l'entrée d'air, du foyer ou du conduit. Dés les premiers tests, nous avons remarqué une fumée moins importante et une température suffisante pour cuisiner.

Support du rocket stove

Test du roquet stove

Nous avons finalement construit deux rocket stove côte à côte sur un support en bois et terre, colmatés avec de la boue. La qualité de la terre et l'aspect visuel laissent à désirer mais l'objectif reste atteint. L'utilisation de ciment permettrait un meilleur colmatage.

Cette expérience était intéressante puisque je n'avais jamais fais de maçonnerie et que j'ai pu observer certains principes physiques appris en école.

Installation définitive du rocket stove dans la cuisine

Bungalow

Le nombre de volontaires ayant augmenté, il fallait penser à créer plus de place afin d'accueillir les visiteurs. La construction d'un bungalow destiné aux volontaires semblait être une bonne solution.

Après que Jérôme aie dessiné les bungalow tel qu'il le voyait (surface de 4x8 m), Fidela, Dada, Jonathan et moi (une équipe de choc) nous sommes lancé assez vite dans la construction de la charpente. Nous avions à notre disposition les outils nécessaires, bien que manuels, ainsi que des chevrons de 3,5 m et 4 m. Les techniques utilisées pour l'assemblage étaient les tenons et mortaises, les mi-bois et les clés de Jupiter pour créer des longueurs de chevrons importantes.

N'ayant quasiment aucune expérience en charpenterie, j'ai ressenti un manque d'explications et de plans clairs et précis sur l'assemblage de la charpente, choses dont n'avaient pas besoin les autres personnes qui n'en étaient pas à leur première maison. De plus, l'utilisation du Sakalava sur le chantier n'a pas arrangé les choses puisque mon niveau ne me permettait pas de comprendre de telles choses. Je reste cependant persuadé que prendre un léger temps de clarification avant de commencer à travailler le bois nous aurait permis de gagner un peu de temps sur le chantier.

Ensuite, les mortaises se sont enchaînés avec les jours. Une telle charpente nécessitait en effet un grand nombre de tenons et de mortaises. Sachant faire les mortaises, je me suis évidemment proposé pour en faire une grande partie, bien que ce soit peut-être le travail le plus répétitif et le moins agréable. Comme nous attendions que le travail du bois soit terminé et le terrain débarrassé de ses rochers avant le montage, la sensation d'avancement n'était pas flagrante...

Petit coup de main sur les mortaises

Jusqu'au jour où nous avons commencé le montage de la charpente. Bien que les chevrons étaient légèrement tordus, courbés, fins ou gros par endroits, cette multitude d'éléments couverts de marques s'est assemblé plutôt bien.

Finalement, la vue de cette haute charpente terminée et la célébration du fameux bouquet nous ont procuré une petite fierté, celle d'un travail bien fait qui nous a pris du temps et sur lequel on s'est donné du mal.

Étagère pour le bungalow

En manque d'espaces de rangements, nous avons trouvé bon de construire une étagère en bois. Rien de spécial au niveau technique ou sensations de ce côté là.

Électrification de l'école

Les deux salles de classes n'étaient pas ou peu éclairées électriquement, et manquaient sérieusement de luminosité, même au milieu de la journée. De plus, il n'y avait aucune source d'énergie pour brancher les accessoires électroniques.

Il a donc fallu que nous installions un panneau solaire, des ampoules, interrupteurs, prises et un raccordement entre les deux salles de classes.

Mes connaissances théoriques en électronique de puissance m'ont peu servi et je n'avais jamais vu un panneau solaire de près, mais je savais dénuder des câbles, fixer des crochets ou creuser une tranchée.

De plus, travailler dans l'école et côtoyer les enfants fut un réel plaisir puisque je n'avais pas pris le temps de visiter les classes plus tôt.

Conclusion

Ce projet d'éco-construction m'a permis d'apprendre énormément sur les méthodes de constructions manuelles et de renouer avec les matériaux naturels. De plus, les projets divers et variés m'ont permis en même temps de comprendre les coutumes, de découvrir des lieux, et des personnes.

Plus qu'un projet de construction, ces deux mois furent une expérience hors du commun dans un cadre idyllique. La découverte de la culture Sakalava, l'apprentissage, la Maki Run, les escapades, les soirées, les fêtes, mais surtout les rencontres, dont certaines sont devenues des liens d'amitié puissants constituent un réel enrichissement et des souvenirs encrés.

J'ai hâte de revenir au plus tôt.